Pourquoi ?
Constats sur le monde des musiques actuelles en France
- Novembre 2011 - 12:27
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Depuis 1999, Sebkha-Chott existe et se meut d’une manière assez originale dans le milieu des musiques actuelles. Pourquoi ? Essentiellement pour les raisons suivantes :
- Avant toute chose, les membres de Sebkha-Chott considèrent qu’à partir du moment où ils montent sur scène, ils ont la parole, et dès lors, se taire ou ne rien dire revient à consentir. Alors, oui, le groupe qui monte sur scène doit avoir et porter une parole politique et/ou éthique, et ça n’est pas une option, c’est un fait. Sebkha-Chott a choisi pour cela le chemin du sarcasme, du second degré, de l’implicite, du a contrario, du choc, de la provoc et du mauvais goût !
- Sebkha-Chott est attaché à l’idée que l’art est une chose à tous, pour tous et par tous, et refuse de considérer que l’acte de création soit le privilège de quelques uns et qu’ils doivent en conséquence en profiter toutes leurs vies durant et 70 ans après leurs morts, au mépris d’autres artistes ayant moins de chance et un plan promo moins fonctionnel (mais pas nécessairement moins de talent), et surtout au mépris de leurs publics, qui deviennent de fait une vache (tout notre respect pour les bovidés) à traire un peu plus tout le temps.
- C’est pourquoi Sebkha-Chott pense également que la culture et l’art devrait être librement (et donc gratuitement) accessible pour la communauté, ce qui nécessite que les subventions et les aides dans ces milieux soient orientées vers l’accès gratuit à la culture, et non pas dédiées à financer des frais de structures improbables (notamment lorsque les dits frais de structures servent à employer une personne dont le principal travail consiste à monter des dossiers de subvention pour payer leur ... emploi !), des camions de tournée par trop luxueux, de la bière, des alcools forts et des énergisants plein les frigos de catering, et enfin, et surtout, les inombrables intermédiaires qui ont bien compris leur intérêt dans tout ça.
- En corollaire, Sebkha-Chott pense que la culture a un coût, mais que ce coût n’a pas à dépendre de la notoriété et doit être raisonné et justifiable. Ainsi, un concert de Sebkha-Chott en 2011 est vendu 1200 € TTC + frais de transport, parce qu’il y a 5 personnes sur la route, et quelques frais afférents (affiches, enregistrements, etc.). Cela ne dépend pas de la notoriété de Sebkha-Chott, c’est simplement le prix que ça coûte. Il est clairement hors de question que Sebkha-Chott augmente son tarif sous prétexte que ça fonctionne mieux, pour atteindre le niveau moyen d’un concert vendu par des tourneurs aguerris (8000 - 10000 €), que la date remplisse ou ne remplisse pas la salle.
L’Art Libre
comment l’industrie du disque nous explique que les artistes ont besoin d’un piedestal pour que les maisons de disques perdurent
- Novembre 2011 - 12:31
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Sebkha-Chott place tous ses morceaux sous Licence Art Libre, licence qui met l’auditeur de musique à égalité de droits avec le compositeur de musique puisqu’il est autorisé :
- d’écouter librement de la musique (c’est-à-dire, par exemple, de la télécharger librement,
- de la reproduire
- de la modifier, et donc de devenir à son tour un compositeur,
le tout à la seule et unique condition que tout ce qui découlera de l’utilisation d’une oeuvre d’art sous Licence Art Libre soit également déposé sous Licence Art Libre.
Ce principe, appelé Copyleft, vient du monde du logiciel libre (Linux, Firefox, OpenOffice...) et a très largement montré qu’il permettait un bien meilleur développement des pratiques informatiques, puisque la chose informatique redevient un bien commun, sans échelle de niveau entre les concepteurs et les utilisateurs, et avec une émulsion commune pour aller vers plus de créations, plus de liens, etc.
L’application de ce principe à l’art a le même objectif, rendre à l’art sa position de bien commun, partagé, transmis, auquel tout le monde à accès, auquel tout le monde peut contribuer, participer, etc. et le public devient un acteur, et c’est très bien ainsi !
Tout cela par opposition, donc, à la SACEM, qui interdit a priori toute utilisation de sa musique, et dispense des droits d’utilisation moyennant finances. A tort, on pense souvent que la SACEM est le seul organisme qui permette de protéger les auteurs et leurs oeuvres, notamment en les rémunérant sur la base du droit d’auteur, grâce à la communication de la SACEM qui fait en sorte que protection des oeuvres et rémunération des artistes soient un seul et même ensemble.
Cette position constitue en soi un blocage de l’art, puisqu’il n’est plus possible de le transmettre simplement (par exemple, les écoles de musique sont traquées pour s’acquitter de redevance de droits d’édition improbable) et légalement, alors même que la diffusion est la clé de la survie artistique.
C’est pourquoi Sebkha-Chott a choisi cette autre voie, et la défend bec et ongles depuis le départ. Ca n’est pas si simple, car le E de SACEM veut dire Editeur, et un certain nombre d’acteurs des musiques actuelles n’ont pas intérêt à ce que l’art des artistes dont ils s’occupent soit libre. Pourtant, pour Sebkha-Chott, la crise du disque (et/ou de la musique enregisrée) n’existe pas, et surtout elle ne met pas en péril la vie des artistes. Elle met en péril la survie de certains intermédiaires, qui s’étaient habitués à réaliser des marges grandes sur des artistes, en les faisant vendre "singles" après "singles", sans propos artistique cohérent (conceptual continuity). Il ne faut pas s’étonner que le public préfère aller télécharger "La pêche aux moules" ou "Je ne suis qu’un Soul Man" plutôt que d’acheter l’album complet, quand il s’agit juste d’écouter un titre !!! (ref Zappa)
Sebkha-Chott vend des disques, en a toujours vendu et en vend toujours, parce que Sebkha-Chott joue quelque chose de sincère, et que son public en est friand. Il n’y a aucune raison que cela change sous prétexte que leurs titres sont en diffusion libre sur le net, puisque le public s’engage à leur côté en achetant un disque, et Sebkha-Chott leur rend bien en faisant de ce disque un objet particulier, avec un propos artistique cohérent.
Quant à vendre des mp3 en ligne, dire que c’est une honte est un minimum, surtout quand on voit le prix auxquels ils sont vendus, et la qualité dans laquelle ils sont proposés, alors même qu’il est possible de diffuser dans des formats sans perte (Sebkha-Chott diffuse en flac sur son site).
Donc l’industrie du disque est morte, vive la mort de l’industrie du disque, bientôt les disques seront gratuits, et tout le monde s’en portera mieux.
Les subventions, les aides
comment tous les concerts de France pourraient être gratuits
- Novembre 2011 - 12:55
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Sebkha-Chott souhaite que l’art soit librement accessible. L’Art Libre est un premier pas, le second est de rendre les lieux de diffusion accessibles, c’est-à-dire rendre les concerts gratuits. En effet, le caractère payant des événements prive tout une frange de la population de ces événements et force tout à chacun à faire des choix dans les événements auxquels ils assistent. Clairement, les plus jeunes et les familles avec enfants sont evincés de ces événements payants (vous avez déjà vu un spectacle pour enfant dans le In d’Avignon ???).
Cela nécessite donc un engagement des aides publiques en faveur d’organisateurs de concerts souhaitant rendre leurs événements gratuits. Et c’est d’ailleurs, dans le domaine de la culture, le principal, si ce n’est le seul domaine qui devrait être subventionné, l’ensemble de la "filière spectacle" pouvant être dès lors financée par ces organisateurs, plutôt que par des structures de tour, de management, de promo, de développement d’artiste ou de développement de carrière...
Actuellement, les subventions et aides sont presqu’orientées à l’inverse. C’est-à-dire que lorsque quelqu’un propose un événement gratuit, la réponse est toujours la même ineptie : "quand c’est gratuit, les gens ne viennent pas" (ce qui est évidemment faux) ou "le gratuit empêche l’implication des gens". Les "gens" en question, le public donc, savent très bien s’impliquer quand ils perçoivent l’engagement des organisateurs événementiels et des artistes envers eux.
L’autre problème, c’est les tarifs pratiqués pour les ventes de spectacle. Sebkha-Chott se positionne clairement à ce niveau, pour un tarif raisonnable et raisonné dans les deux sens, tant vers le haut que vers le bas. En pratique, la réalité est plutôt inverse. Lorsqu’un artiste commence à avoir du succès, le tarif de vente du spectacle augmente, et on a vu ainsi des groupes augmenter leur tarif de 3-400% en 3-4 semaines, pour une même tournée, engageant le même nombre de personnes au final. Qu’ils ne viennent pas jouer les anarchistes ou les gauchistes révoltés et engagés après !
Donc, un tarif de vente de spectacle moyen en musiques actuelles est environ de 8000 à 10000 € (les raisons pour un tel tarif sont explicitées ci-après). A 20 € la place, il faut donc remplir une salle de 400 à 500 personnes pour rentabiliser l’achat du spectacle uniquement. Cela ne dit rien de tous les à côtés que sont l’hôtel, le catering (repas + frigos pleins en loge), le transport, la promotion (affichage, etc.), la location de technique supplémentaire, les salaires des techniciens, etc. Bref, ces concerts ne sont pas rentables pour l’organisateur, et évidemment, lorsque les salles sont plus grosses, les tarifs sont plus élevés. Sans compter que les tourneurs imposent généralement à l’organisateur de programmer d’autres groupes dont la renommée est à fabriquer (en conditionnant la venue d’une tête d’affiche à la programmation d’un de ces groupes, par exemple), et donc qui ne rempliront pas du tout la salle, mais toujours au même tarif.
C’est donc à ce moment là que les aides entrent en jeu, afin de venir assainir le budget. Le fait que ces subventions n’étaient pas nécessairement destinées à ce genre de choses au départ ne semble pas un problème pour la plupart. Un exemple très ironique : une subvention destinée à l’accompagnement des pratiques émergentes trouvera tout à fait sa place dans ce dispositif en ajoutant une première partie locale (non payée) au concert en lui expliquant quel bien ça fera à sa carrière d’être en première partie de cette formidable tête d’affiche, qui a déjà tourné dans toutes les salles de France, précédée de premières parties locales à qui on a tenu le même discours, et auxquelles on a oublié de préciser qu’elles étaient également très utiles car elles ramènent une part non négligeable du public (l’atout local, toujours).
Premières parties et/ou groupes émergents qui s’entendent régulièrement dire que leur spectacle à 500-1000 €, c’est compliqué, parce qu’on ne peut projeter que sur 100-150 personnes... On rigole doucement et on compte les kilomètres à financer sur ses propres deniers...
Si on compte 400 € par musicien/technicien/comédien sur scène, on est déjà dans une fourchette relativement haute de revenus de l’intermittence, il suffit de multiplier le nombre de personnes impliquées dans le spectacle par cette somme et laisser une marge pour le transport, la création d’affiches, etc. pour être en mesure d’estimer le tarif que ne devrait en aucun cas dépasser la vente de spectacle.
C’est la politique que Sebkha-Chott défend, et s’impose, car elle aurait plusieurs effets :
possibilité de rendre les concerts gratuits,
possibilité de payer tous les groupes du concert, y compris les premières parties,
plus de concerts.
De la même manière, et pour finir, Sebkha-Chott demande également explicitement à ce qu’on ne remplisse pas son frigo de boissons alcoolisées, ou non. Si les membres Sebkha-Chott veulent boire des bières, ils peuvent se les payer, puisqu’ils sont salariés, comme n’importe quel salarié de n’importe quelle entreprise ! C’est moins fun, c’est rigide, ça rompt un peu le rêve de la rockstar, mais ça permet à plus de monde d’y accéder !!!
Les intermédiaires, les salons pros
comment on se répartit les subsides de l’état en les dilapidant dans des huîtres et du vin blanc
- Novembre 2011 - 12:58
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Enfin, Sebkha-Chott est indépendant, autonome.
Pourquoi ? D’abord pour garder la main sur son propos artistique de bout en bout, et ne pas être obligé d’accepter les cut, les mixes, etc. imposés par des labels. C’est d’ailleurs pour assurer cela à ses artistes que l’AMMD (la structure qui encadre Sebkha-Chott) dispose de son propre studio.
En second lieu, parce que le milieu des musiques actuelles est farci d’intermédiaires plus ou moins inutiles, qui savent se graisser la patte à chaque fois. On trouve le même processus dans les circuits de distribution agricole biologique et l’aide humanitaire, et c’est à vomir à chaque fois.
Il est clair que le travail administratif à faire pour promouvoir et faire tourner un artiste est dense, mais il l’est d’autant plus qu’un certain nombre de structures/personnes s’en sont fait les prestataires exclusifs ou, à tout le moins, privilégiés, et ont verrouillé tout un ensemble de réseaux et de pratiques, afin de se rendre indispensable. C’est par exemple les salons professionnels, les zones pros des festivals (Bourges en premier lieu), etc. dans lesquels ils se rencontrent, se repoudrent le nez, et se gavent d’huître et de vin blanc (si le salon est proche de la mer), et se consanguinent gentiment en calant en une soirée à 4g (de quoi ?) la programmation d’une année complète ! Évidemment, ces salons pros sont soutenus par la puissance publique, qui y voit le soutien d’une filière, et qui a le droit, comme de bien entendu, de se poudrer le nez dans le même bol que tout le monde...
S’il est concevable d’avoir une personne chargée de production, ou chargée de communication au sein d’une compagnie de théâtre, il est déjà nettement plus discutable d’avoir une structure qui présente un catalogue d’artistes pour lesquels elle prétend faire ce travail. On comprend tout de suite le manque de lien entre la structure et les artistes dont elle "s’occupe" qui s’en suit, et surtout l’intérêt vital/vénal de cette structure à faire des marges importantes et injustifiées. De près ou de loin, il s’agit bien de parasites, mais le parasite est sans doute nécessaire à la bio-diversité et à l’éco-système, là où ces intermédiaires là ne sont nécessaires qu’à leur propre survie. Ainsi, ils pompent donc un pourcentage de chaque vente de spectacle, et répondent également présents sur de nombreux dispositifs de subvention, qui serviront généralement plus à régler leurs frais de structure qu’à faire vivre leurs artistes, le tout dans un opportunisme débordant. C’est essentiellement de leur fait si les ventes de spectacle deviennent chères dès lors que l’artiste prend de la renommée, car la plus-value est pour eux.
En conséquence de quoi ils vivent aux crochets des artistes et de la puissance publique, et c’est donc ainsi qu’on se retrouve avec des location de tourbus à 80000 € le mois, subventionnée par une région, ou encore des ventes de spectacle en millions d’euros, etc.
Conclusion
- Novembre 2011 - 12:59
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Voilà, voilà pourquoi Sebkha-Chott navigue différemment depuis le départ, parce que tout ça nous fait vomir, parce qu’on y croit encore, et parce que de toute façon, il est hors de question qu’on se vautre dans leurs fanges.
Alors, merci à ceux qui nous soutiennent, et aux quelques uns qui sortent du lot et tentent de faire les choses bien à leur échelle. On ne va pas citer de noms, ce texte est destiné à rester un peu, et les choses pourraient changer, mais de toute façon, ils se reconnaîtront.
Et donc toi, qui me lis, en tant que public, en tant que musicien, tu peux aussi adhérer à tout ça, te fixer les mêmes règles, ou les soutenir, et nous le dire, si ça ne fait pas avancer, ça fait toujours du bien, et en fait, ça fait forcément avancer !
![Freak and Free Arts Coo[r]p (artists caring about artists) AMMD](squelettes/ammd.png)







